17 juin 2007
Le nuage et la dune
Extrait du livre de Paulo Cuelho « comme le fleuve qui coule »
Le nuage et la dune :
« Tout le monde sait que la vie des nuages est très mouvementée , mais aussi très courte » écrit Bruno Feerero.
Voici une histoire :
Un jeune nuage naquit au milieu d’une grande tempête, en mer Méditerranée. Mais il n’eut pas le temps d’y grandir ; un vent puissant poussa tous les nuages vers l’Afrique.
A peine avaient-ils gagné le continent que le climat changea : un soleil généreux brillait dans le ciel, et au dessous s’étendait le sable doré du désert du Sahara . Le vent continua de les pousser vers les forêts du Sud, vu que dans le désert il ne pleut pas, ou presque.
Cependant, ce qui arrive aux jeunes humains arrive aussi aux jeunes nuages : il décida de s’éloigner de ses parents et de ses amis plus âgés, pour connaître le monde.
« Que fais-tu ? protesta le vent. Le désert est le même partout ! Rejoins la formation et allons jusqu’au centre de l’Afrique, où il y a des montagnes et des arbres extraordinaires ! » Mais le jeune nuage, d’une nature rebelle, n’obéit pas ; peu à peu, il perdit de l’altitude, et il réussit à planer sur une brise douce, généreuse, près des sables dorés.
Après une longue promenade, il s’aperçut qu’une dune lui souriait. Il vit qu’elle aussi était jeune, formée récemment par le vent qui venait de passer . Il tomba amoureux sur-le-champ de sa chevelure dorée.
« Bonjour, dit-il. Comment est la vie en bas ?
-J’ai la compagnie des autres dunes, du soleil, du vent, et des caravanes qui de temps en temps passent par ici. Il fait parfois très chaud, mais c’est supportable. Et comment est la vie là-haut ?
-Il y a aussi le vent et le soleil, mais l’avantage, c’est que je peux me promener dans le ciel et connaître beaucoup de choses.
-Pour moi la vie est courte, dit la dune . Quand le vent reviendra des forêts, je disparaîtrai.
-Et cela t’attriste ?
-Cela me donne l’impression de ne servir à rien.
-Je ressens la même chose . Dès que passera un vent nouveau, j’irai vers le sud et je me transformerai en pluie ; mais c’est mon destin »
La dune hésita un peu , puis déclara :
-« Sais-tu qu’ici, dans le désert, nous appelons la pluie Paradis ?
-Je ne savais pas que je pouvais devenir si important, dit fièrement le nuage .
-J’ai entendu des légendes racontées par les vieilles dunes . Elles disent qu’après la pluie nous sommes couvertes d’herbes et de fleurs . Mais je ne saurai jamais ce que c’est, parce que dans le désert il pleut rarement. »
A son tour le nuage hésita . Mais bien vite un large sourire lui revint .
« Si tu veux je peux te couvrir de pluie . Je viens d’arriver, mais je suis amoureux de toi, et j’aimeras rester ici pour toujours .
- Quand je t’ai vu pour la première fois dans le ciel , moi aussi je suis tombée amoureuse, dit la dune . Mais si tu transformes en pluie ta belle chevelure blanche , tu vas en mourir .
-L’amour ne meurt jamais , répliqua le nuage . Il se transforme ; et je veux te montrer le Paradis. »
Et il commença à caresser la dune de petites gouttes ; ainsi ils demeurèrent ensemble très longtemps, jusqu’au moment où apparut un arc-en-ciel .
Le lendemain , la petite dune était couverte de fleurs .
D’autres nuages qui se dirigeaient vers l’Afrique , croyant que se trouvait là une partie de la forêt qu’ils cherchaient, déversèrent leur pluie . Vingt ans plus tard , la dune était devenue une oasis , et les voyageurs se rafraîchissaient à l’ombre de ses arbres . Tout cela parce qu’un jour un nuage amoureux n’avait pas craint de donner sa vie par amour .
FIN
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25 janvier 2007
Pourquoi la femme fait le ménage ?
Je vous offre un dernier conte extrait du livre "les contes de Picardie" ecrit par Henry Carnoy
Je suis impatiente de lire ce que vous en penserez ...
POURQUOI LA FEMME FAIT LE MENAGE
Auparavant , dans le bon vieux temps , et soyez certains qu'il y a bien longtemps que ce bon vieux temps est passé , l'homme n'était pas plus que la femme ; ils faisaient alternativement les travaux du mènage et les hommes ne songeaient pas trop à s'en plaindre : c'était la coutume .
En ce moment , il y avait à Warloy un cordonnier nommé Jean qui aimait plus sa bouteille que son tire-pied . Sa femme , Marianne , ne le voyait pas d'un bon oeil passer une bonne partie de sa journée dans les cabarets du village .
Un jour où le cordonnier était de <<ménage>> , comme celui-ci oubliait l'ouvrage en buvant au café voisin quelques chopes de bière avec des amis , sa femme alla l'y trouver , lui fît des reproches sur sa paresse , son inconduite et finalement se prit de querelle avec lui .
-Eh bien ! dit Marianne , puisqu'il en est ainsi , je ne te parlerai plus
-Tu ne me parleras plus , dis-tu ? Soit , je te prends au mot . Mettons un dédit . Tu es toujours a m'ennuyer avec ton ménage : celui de nous deux qui parlera à l'autre fera le ménage , rincera la vaisselle , balayera la maison , préparera la soupe et la bouillie , blanchira le linge , enfin fera tous les travaux que l'on a coutume de se partager dans le ménage .
-C'est entendu ! c'est entendu ! ivrogne de malheur !
Et la femme s'en alla.
Pendant quinze jours , il ne fut échangé aucune parole entre les deux époux ;
Ce n'est pas que Marianne pût aisément se passer de parler , surtout à son mari , qu'elle aimait beaucoup malgré les petites querelles d'intérieur , mais il lui aurait fallu faire le ménage et c'était ce à quoi elle ne tenait en aucune façon .
Au bout de ce temps , un voyageur passant par Warloy eut besoin d'une paire de bottes ; il demanda la demeure du cordonnier et vint chez celui-ci . La porte de la maison était ouverte , il entra , alla droit a Jean , se découvrit et salua d'un beau : << bonjour , monsieur le cordonnier ! >> Jean , sans répondre , se mit à siffler l'air de : << Au clair de la lune , mon ami Pierrot...>>
-Voilà un homme mal appris , se dit l'étranger . Qu'importe ! Monsieur le cordonnier , j'aurais besoin pour demain d'une belle paire de bottes ; je ne vous marchanderai pas le prix ; pouvez-vous me la faire ?
-Psst.... Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot ,
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot...
continua de siffler maître Jean le cordonnier .
-Vous n'entendez donc pas ?
Et le cordonnier se remit a siffler de plus belle .
Cet homme est fou , pensa le voyageur . Voyons si je peux tirer quelque chose de sa femme .
Et il s'avança vers la femme qui , assise à son rouet , filait tranquillement en chantant :
Passez la navette ,
Le bon temps viendra .
-Ma bonne femme, qu'a donc votre mari ? Je viens de lui parler et , comme un grand nigaud , il me siffle au nez sans se donner la peine de me répondre .
Marianne fit un beau salut au <<monsieur>> et repri son rouet et aussi sa chanson :
Passez la navette ,
Le bon temps viendra .
-Mais , madame ...
Qu'il pleuve , qu'il vente , qu'il tonne !
Restons aillou ( où ) qu'ou (que nous) sommes .
Passons la navette ,
Le bon temps viendra .
-Je suis donc chez des fous ? Dites donc , la femme ? dit le voyageur qui s'impatientait beaucoup .
Passez la navette ...
Passez la navette ...
avait recommencé la femme pour toute réponse .
-Attendez-donc ; je vais vous la passer , la navette ! Si vous croyez vous moquer ainsi d'un étranger .
Et prenant son bâton , il se mit en devoir d'en frapper la femme à coup redoublés , pendant que le joyeux cordonnier maître Jean , reprenait gaiement :
Passez la navette ,
Le bon temps viendra .
Qu'il pleuve , qu'il vente , qu'il tonne !
Restons aillou qu'ou sommes .
Ceci exaspéra Marianne qui , oubliant la convention , ne put s'empêcher de s'écrier :
-Oh ! le misérable . Tu ne viendras donc pas à mon secours !
-Femme , à dater de ce jour , tu feras le ménage ,rinceras la vaisselle , balayeras la maison , prépareras la soupe et la bouillie , blanchiras le linge , écumeras le pot-au-feu et feras tous les travaux que l'on avait coutume de se partager dans le ménage .
Marianne dut en passer par là ; Jean raconta l'aventure à ses voisins , et chacun dans sa maison laissa les travaux du ménage à la femme . La coutume était bonne , on la conserva . Mais une nuit ....Le coq chanta , il était jour , et mon conte est fini !!!
Conté en juillet 1879 , par M. Auguste Gourdin , ancien meunier , a Warloy-Baillon (Somme).
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16 janvier 2007
Le malin compère
Plus je lis ce livre et plus j'ai envie de le partager avec vous. Voici encore un conte extrait du livre de Henry Carnoy "contes de Picardie"
LE MALIN COMPERE
Un paysan fort malin alla un jour pour s'engager comme domestique dans un château .
Il exposa au portier ce qu'il demandait en priant de le présenter au seigneur . Le concierge accepta mais en lui demandant son nom
-Pourquoi voulez-vous savoir mon nom ?
-Parce que j'ai besoin de connaître tous les gens du château .
-Vous me connaîtrez bien sans cela .
-Je te dis que j'ai besoin de savoir comment tu t'appelles .
-Je vous l'aurais déjà dit, mais...mon nom est si ridicule.
Puisque vous y tenez, le voici . Je m'appelle Moi-Même .
Le portier présenta le nouveau venu au seigneur du château .
-Que désires-tu ? lui demanda celui-ci .
-Entre à votre service comme valet de chambre .
-C'est bien . Tu auras vingt écus par an , plus les habits . A propos quel est ton nom ?
-Je n'ose pas le dire . Il est si drôle !
-Qu'importe !
-Eh bien ! je m'appelle : retenez-Moi-par-Derrière .
Le chatelain envoya son nouveau valet prendre les ordres de sa femme et de sa fille .
-Comment t'appelles-tu ? demanda la première .
-Madame , mon nom est bien laid ; mais puisque vous y tenez , je m'appelle La Lune .
La jeune fille lui posa la même question et le valet lui dit qu'il s'appelait La Sauce .
S'étant trouvé avec la servante , et celle-ci ayant elle aussi voulu savoir son nom , il lui répondit : Le Chat .
Le soir venu , le valet fut chargé de servir à table . Dans l'un des plats se trouvait une sauce dont la jeune fille demanda plusieurs fois , malgré les remontrances de ses parents . Le dîner fini , le seigneur , sa femme et sa fille allèrent se coucher . Le valet avait été mis en appétit par l'odeur des mets servis à ses maitres et il voulut faire un bon repas . Il alla s'asseoir dans la cuisine auprès de la servantre espérant qu'elle se retiterait et qu'il pourrait enlever un gigot ou un poulet . Mais la servante s'en apperçut et l'ayant invité à aller se coucher sans qu'il en fît rien , elle alla à la chambre de son maître couché et le réveilla .
-Qu'y a-t-il donc ?
-Le Chat veut rester dans le coin du feu .
-Imbécile ! Il faut l'y laisser , dit le seigneur , pensant au chat .
La servante alla se coucher et le valet fît un bon diner .
-Quelques cerises pour mon dessert m'iraient fort bien , pensa-t-il . Et il grimpa sur un gros cerisier placé devant la chambre à coucher du seigneur .
La femme ne dormait pas . Voyant le domestique sur le cerisier , elle réveilla son mari .
-Diable ! quoi encore ?
-La Lune est sur le cerisier .
-C'est bien , c'est bien ! laisse-moi dormir .
Et le seigneur se rendormit .
Le valet n'était pas encore satisfait . Il monta doucement à la chambre de la jeune fille et se coucha à ses cotés .
-Maman , Maman !
-Qu'y a-t-il , ma fille ?
-La Sauce me fait mal !
-Que veux-tu que j'y fasse ? Je t'avais prévenue . Que cela te serve de leçon .
Cette fois la femme s'endormit .
Le matin venu , le valet s'habilla et descendit doucement les escaliers pour s'enfuir . Mais la jeune fille alla prévenir son père qui se mit à la poursuite du paysan .
Le domestique courait par la cour pour s'échapper et le seigneur criait :
-Arrêtez Retenez-Moi par derrière ! Arretez Retenez-Moi par derrière !
Les autres domestiques se saisirent de l'habit de leur maître croyant qu'il leur disait de le retenir par derrière . Aussi en était-il devenu plus furieux encore .
Le portier voulut saisir le valet , mais celui-ci le jeta dans un fossé et courut vers le bois .
Le châtelain arriva au fossé :
-Qui t'a fait ceci ?
-C'est Moi-Même ! c'est Moi-Même !
-Alors tu n'as rien à dire !
Pendant ce temps, le valet avait disparu et le seigneur n'en entendit plus jamais parler .
Conté en décembre 1880 , par M. Albert Boulongne , de Beaucourt (Somme)
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08 janvier 2007
La bague magique
Extrait du livre "CONTES DE PICARDIE" de Henry Carnoy
LA BAGUE MAGIQUE
Un boulanger avait trois fils, qui tous trois désiraient se marier avec la fille du meunier Thomas.
Celle-ci répondait mal à leurs avances. Un jour, l'ainé des jeunes gens allait passer la soirée chez la meunière; il rencontra une vieille femme appuyée sur un baton, qui avait tout l'air d'une sorcière.
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-Bonjour, mon fils, où allez-vous ? Ne craignez-vous pas le gobelin de la vallée?
-Hè ! la vieille, croyez-vous que je vais vous conter ainsi mes secrets ? Qu'il vous suffise de savoir que je ne suis pas venu ici pour vous, laide personne !
Et il passa son chemin .
Il fut poursuivi jusqu'au moulin par les cris sarcastiques de la sorcière , car c'en était vraiment une . En arrivant , il parla de son amour à la belle meunière : mais elle n'en fît que rire .
Le puîné partit le même jour pour le moulin avec les mêmes intentions que son frère . Il rencontra la vieille femme ridée et cassée qui lui parla comme à son aîné . Il répondit aussi insolemment à celle-ci . Il en fut puni , car la meunière repoussa ses propositions .
Le lendemain , le cadet rencontra la sorcère .
-Bonjour , mon fils ; où allez-vous ainsi ? Ne craignez-vous pas le cavalier sans tête de la montagne ?
-Ma bonne mère , je vais au moulin demander la meunière en mariage . Je crains fort d'être rebuté . Quand au cavalier sans tête , je le crains peu , parce que je reviendrai avant le soir .
-Mon fils , prends cette bague et passe-la à ton doigt . Chaque fois que tu diras Dominus vobiscum , le nez de la belle meunière s'allongera d'un pouce . Elle consentira ainsi à t'épouser . En disant Et cum spiritu tuo , le nez se raccourcira d'un demi-pouce . Adieu .
En arrivant au moulin , il eut le bonheur de voir ses propositions agréées . Il n'eut pas besoin d'employer la bague magique . Peu de jours après , le mariage fut célébré en grande pompe .
A quelque temps de là , le jeune meunier se baignait dans la rivière . Il avait déposé ses habits sur la berge . Le curé du village voisin passa près de là quelques temps après . Voyant des habits à ses pieds , il fouilla dans les poches , et y trouvant la bague magique se la mit au doigt et s'en alla .
Le dimanche suivant , le prêtre officiait . Au premier Dominus vobiscum , il fut tout étonné de voir son nez allonger d'un pouce . A la fin de la messe , une véritable trompe ornait la figure du pauvre pasteur . Et pour comble de malheur , le nez allait chaque jour s'augmentant ; de sorte que le curé fut bientôt en état de faire cinquante fois le tour de son corps avec son nez . Dire son désespoir serait superflu . Il fit publier partout qu'il donnerait dix mille écus à celui qui pourrait le guérir . Plusieurs médecins se présentèrent : aucun ne put réussir .
Enfin le meunier vint trouver le curé et s'offrit pour lui ôter sa difformité ; A cet effet , il prit la bague et récita des cum spiritu tuo ! cum spiritu tuo ! ect. jusqu'au moment où le nez arriva à sa longueur ordinaire .
Il reçut les dix mille écus qu'il apporta tout joyeux à sa femme !
Conté en septembre 1877 par Alphonse Ladent ,
de Warloy-Baillon (Somme)
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13 décembre 2006
L'enfant et le curé
Extrait du livre de Henry Carnoy <<Contes de Picardie>>
Un paysan avait une truie qui mit au monde dix cochons bien faits, ce qui fit la grande joie du curé qui, en vertu de la dîme, alla chercher le dixième. Il arriva. L'enfant le plus agé s'y trouvait seul.
---Que font ton père et ta mère? demanda le pasteur.
---Mon père est parti faire un trou pour en boucher deux, et ma mère est à la chasse: ce qu'elle tue, elle le laisse, ce qu'elle ne tue pas, elle le rapporte. Ce qui veut dire que mon père est parti emprunter cent francs pour payer deux dettes et que ma mère tue les poux de mon frère.
---Bien, mon garçon ! Je viens pour emporter l'un des jeunes de votre truie, qui a eu dix beaux gorets.
---Mais j'y pense, monsieur le curé, nous sommes dix enfants. Pourquoi n'en emportez-vous pas un ?
---Je n'ai pas couché avec ta mère !
---Vous avez donc couché avec notre truie ?
Conté en juillet 1877 par Amédée Débart, de Warloy (Somme).
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09 décembre 2006
Le bonhomme Misère (FIN)
Extrait du livre de Henry Carnoy <<les contes de Picardie>>
Il était bien vieux lorsqu'il mourut. Son chien Pauvreté mourut le même jour, et voilà Misère et Pauvreté, l'un suivant l'autre, qui prennent la route du paradis.
Ils arrivèrent devant un beau palais, et jugeant que c'était là le paradis, Misère frappa.
---Qui est là ? dit une voix à l'intérieur. La porte s'entre-bâilla, laissant passer la tête de saint Pierre.
---Ah ! c'est toi, Misère ! Va voir plus loin. Tu n'as pas demandé le paradis quand je te l'ai conseillé ; tant pis pour toi !
Misère eut beau prier, supplier, la porte se referma.
---Viens, Pauvreté; allons voir si nous serons plus heureux dans cette grande maison en briques que j'aperçois là-bas.
Pauvreté prit les devants et Misère suivit.
On arriva à la porte du purgatoire.
---Pan, pan, pan, pan !
Un ange ouvrit la porte.
---Qui es-tu ?
---Je suis le bonhomme Misère et je voudrais une place ici.
---As-tu été voir au paradis ?
---J'en reviens, mais saint Pierre n'a pas voulu me recevoir.
---Attends, alors ! je vais voir si ton nom est sur mon grand livre.
L'ange feuilleta, feuilleta et finit par ne rien trouver.
-Mon pauvre Misère, il te reste a demander une place dans l' enfer. C'est la première route a gauche.
La porte se referma et, piteusement, Misère alla frapper à la porte de l'enfer.
Le diable vint ouvrir. Mais dès qu'il eut reconnu le bonhomme Misère :
---Ah ! c'est toi encore. tu peux repartir d'où tu es venu. Tu serais capable de me jouer encore de tes tours, et je n'y tiens pas tu tout. Bon voyage !
Chassé du paradis, du purgatoire et de l'enfer, le bonhomme Misère revint sur Terre, où il vit toujours.
Beaucoup l'ont rencontré, suivi de son fidèle chien Pauvreté, et beaucoup le rencontrerons encore.
F I N
Conté en mars 1881, par M. Albert Boulongne, de Beaucourt-sur-l'Hallue (Somme)
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08 décembre 2006
Le bonhomme Misère (3)
Extrait du livre de Henry Carnoy <<les contes de Picardie>>
Un an après, le diable sut que le bonhomme Misère était sans argent. Il vint le retrouver, se promettant bien à l'échéance, de ne plus s'asseoir sur le fauteuil, et lui donna vint mille écus aux mêmes conditions que la première fois.
Le bonhomme Misère recommença ses parties de plaisir comme par le passé et, les dix ans écoulés, vit revenir le diable et dix de ses diablotins.
---Eh bien ! Misère, nous partons, cette fois ?
---Oh ! oui ! Qu'y faire ? Je suis prêt, partons. Ah ! mais j'oubliais ; j'ai là de bonnes noix sur cet arbre et je serais fort aise de les emporter en enfer.
---Qu'à cela ne tienne, dit le démon. Je vais te les cueillir avec mes diablotins. Ce sera vite fait.
Et en un instant le diable et ses compagnons furent sur l'arbre.
Les noix cueillies, les diables voulurent descendre, mais ce leur fut impossible. Le bonhomme Misère courut à sa forge et en revint avec une longue barre de fer pointue. Il piqua le diable et les diablotins tant et si bien que tous poussaient des cris a réveiller des morts.
---Grâce ! grâce ! hurlaient -ils.
Et Misère continuait à les piquer à la ronde.
---Grâce ! Grâce ! dit enfin le diable. Je te remets ta dette et je te laisserai en repos. Mais permets-nous de retourner en enfer.
---Tu me le jures ?
---Je te le jure !
Et le forgeron laissa partir le diable et ses compagnons.
Un an était à peine écoulé que le démon revenait proposer trente mille écus au bonhomme Misère, toujours sous les mêmes conditions. Misère prit les trente mille écus, aussi heureux que le diable, qui, cette fois, croyait le tenir.
Au bout des dix ans, ce dernier revint à la maison du bonhomme Misère. Celui-ci l'attendait en fumant sa pipe sur le seuil de la porte. Il se mit à rire en voyant venir le démon.
---Bonjour Misère. Qu'as-tu donc a rire de la sorte ? Et qu'est-ce que cette bourse que tu tiens à la main ?
---Bonjour, Satan. Je riais en songeant à un vieux radoteur qui, tout a l'heure, me disant qure vous pouviez vous faire petit, tout petit, jusqu'à entrer dans cette bourse.
---C'est donc si difficile ? Ouvre ta bourse et vois.
Et le diable devint tout petit. Le forgeron le prit et l'enferm dans la bourse.
-Et bien ! vois-tu, dit le diable, que je peux devenir, à ma volonté, si petit qu'il me plait ?
---C'est fort bien. Mais peux-tu sortir de ma bourse ?
Le diable essaya, mais inutilement. Il s'aperçut qu'encore une fois il était la dupe du forgeron.
---Maintenant, à nous deux, maître Satan. Je veux encore te donner une bonne leçon.
Et, plaçant la bourse sur son enclume, il se mit a frapper dru comme grêle de grands coups de marteua sur le pauvre diable, qui criait, qui hurlait, comme bien vous le pensez.
---Grâce ! grâce ! et jamais je ne reviendrai. Je te le jure ! Je suis tout en bouillie ! Laisse-moi, laisse-moi !
Le bonhomme misère, fatigué de frapper sur la bourse, permit au diable de sortir et ne le revit plus le reste de sa vie.
A SUIVRE
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07 décembre 2006
Le bonhomme Misère (2)
Depuis ce jour, ce fut comme un fait exprès, il ne passa plus que de loin en loin un voyageur par le carrefour, et bientôt le bonhomme Misère se vit à la veille de mourrir de faim avec son chien Pauvreté, à qui il ne restait plus que les os et la peau.
Le diable eut vent de ce qui se passait et vint un jour frapper à la porte du bonhomme Misère.
---Que veut-tu ? lui demanda ce dernier.
---Bonhomme Misère, je sais que tu n'as pas mangé depuis trois jours et qu'un peu d'argent dans ton escarcelle ne te nuirait pas trop. Je viens t'offrir dis mille écus, à une condition, toute-fois...
---Que je te donnerai mon âme ?
---Juste ! Que tu me donneras ton âme dans dix ans, si a cette époque il est impossible pour toi de me rembourser.
---C'est convenu, c'est convenu. Où est l'argent
---Le voici ! Mais tu jures ?
---Je jure ! dit Misère qui avait son idée.
Le diable, tout heureux, tira dix mille écus de sa poche et les donna au bonhomme Misère.
---Ha! ha! hi! hi! faisait le diable en s'éloignant.
---Ha! ha! hi! hi! faisait le bonhomme Misère.
Pendant dix ans ce dernier mena une joyeuse vie, mangeant bien , buvant beaucoup , régalant ses amis , enfin fréquentant plus le cabaret que l'église. Jamais son chien Pauvreté n'avait fait meilleurs chère...
Les dix ans venaient de s'écouler quand le diable revint au carrefour des deux routes pour emmener Misère en enfer. Au grand étonnement du démon, le forgeron était tout joyeux et dansait toutes sortes de pas tout autour de la forge , suivi par Pauvreté qui aboyait comme un enragé.
---Morbleu! Misère, tu me sembles bien joyeux !
---Et pourquoi pas ?
---Mais tu as donc dix mille écus a me rendre ?
---Dix mille écus ? Mais vous révez, notre maitre! J'en ai cent à peine ! Mais si vous venez pour me chercher, je suis tout disposé à vous suivreau fin fond de l'enfer, s'il le faut. Asseyez-vous un instant dans ce fauteuil et je suis a votre disposition.
Le diable s'assit dans le fauteuil. Et au bout d'un moment :
---Notre maître, venez-vous ? je suis prêt ! dit le forgeron.
Le diable essaya de se lever, mais en vain. Ses efforts furent inutiles.
Sans se presser, le bonhomme Misère prit une grosse barre de fer et se mit à en asséner des coups vigoureux sur la tête, sur les épaules, sur le dos du pauvre diable, qui hurlait, jurait et sacrait à faire trembler la maison. A la fin, voyant qu'il ne pouvait sortir de ce maudit fauteuil, le démon pria le forgeron de le laisser aller.
---Me fais-tu remise de ma dette? Romps-tu le marché ?
---Oui, oui ! mais laisse-moi, je t'en prie !
---Jure-le !
---Je le jure !
---Alors, je te permets de t'en aller.
Le diable, meurtri, s'enfuit par la cheminée de la forge en poussant des gémissements épouvantables.
A SUIVRE
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Le bonhomme Misère
Extrait du livre de Henry Carnoy << Les contes de Picardie>>
LE BONHOMME MISERE ET SON CHIEN PAUVRETE
Au carrefour de deux chemins restait, il y a longtemps, bien longtemps, un pauvre forgeron qui vivait tant bien que mal, un jour suivant l'autre, des quelques sous qu'il gagnait à ferrer les chevaux, les mulets et les ânes des voyageurs qui passaient devant sa porte. Il était si malheureux qu'on l'avait nommé bonhomme Misère. Son chien, qui partageait sa mauvaise fortune, avait été appelé Pauvreté. Misère et Pauvreté vivaient bons amis, comme il sied à des malheureux, et si l'on ne pouvait voir Misère sans que Pauvreté suivît, de même quand Pauvreté passait on pouvait se dire : Misère suit.
Pauvreté et Misère en étaient donc là quand un beau jour le bon Dieu et saint Pierre vinrent frapper de bon matin à leur porte. Pauvreté aboya, Misère se réveilla et ouvrit en grommelant aux voyageurs si matineux.
---Bonhomme Misère, dit saint Pierre, mon maître que tu vois désire que tu lui ferres son âne. En auras-tu pour longtemps ?
---Vous venez bien matin, notre maître, mais qu'importe. Vous m'avez l'air de pauvres diables, bonnes gens au fond, et je suis tout à votre service. J'aurai bientôt fait.
Le bonhomme Misère alluma son charbon, souffla le feu et ferra l'âne en une petite demi heure.
---Voilà qui est fait, notre maître!
---C'est bien, dit le bon Dieu. Combien te dois-je ?
---Je vous ai dit que vous me paraissiez être de pauvres diables - sauf votre respect, mon maître!- et je ne vous demanderai rien.
--- Rien, c'est trop peu.
---Non, allez. Je ne veux accepter que votre bénédiction.
---En ce cas, je veux te récompenser d'une autre façon. Je suis le bon Dieu et mon domestique n'est autre que saint Pierre. Je veux accomplir trois de tes souhaits. Choisis.
Le bonhomme Misère se gratta l'oreille, puis les cheveux, cherchant bien ce qu'il devait demander au bon Dieu.
---Demande d'abord le Paradis ! lui souffla saint Pierre.
---Laisse donc ! laisse donc !... Voyons , je demande que..... tout ce qui s'assoira dans mon fauteuil ne puisse en sortir sans ma permission.
---Voici qui n'est pas difficile. Accordé. Voyons ton deuxième souhait.
---Demande donc le Paradis ! murmura saint Pierre.
Le bonhomme Misère se gratta encore l'oreille, puis les cheveux.
---Mon deuxième souhait est celui-ci : je désire que celui ou ceux qui monteront sur mon noyer ne puissent en descendre sans ma permission.
---C'est bien simple encore. Accordé. A ton dernier souhait.
---Imbécile, n'oublie pas le Paradis ! s'écria le saint, portier du Paradis.
Mais, sans s'en inquiéter, le forgeron continua :
---Pour mon dernier souhait , je demande que tout ce qui entrera dans ma bourse ne puisse en sortir sans ma permission.
---Décidément il te faut peu de chose pour te contenter. Je t'accorde tout cela. Fais-en bon usage et au revoir.
---Au revoir, au revoir, monsieur le bon Dieu !
---Triple idiot, tu t'en repentiras ! ajouta saint Pierre en aparté.
Le bon Dieu remonta sur son âne, le saint pris le baudet par la bride et ils s'éloignèrent.
A SUIVRE
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02 décembre 2006
La Saint Nicolas
Depuis trente ans, avec mes amis, nous fétons a St Nicolas car nous ne pouvons pas être ensemble a Noël.
En voici la légende
Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs
Ils sont allés et tant venus
Que sur le soir ils sont perdus,
Ils sont allés chez le boucher :
-Boucher, voudrais-tu nous loger?
Entrez, entrez, petits enfants,
Y'a de la place assurément.
Ils n'étaient pas sitôt entrés
Que le boucher les a tués,
Les a coupés en petits morceaux
Et puis salés dans un tonneau.
St Nicolas, au bout d'sept ans
Vint a passer dans le champ
Alla frapper chez le boucher :
-Boucher, voudrais-tu me loger?
-Entrez, entrez Saint Nicolas,
Y'a de la place, il n'en manque pas.
-Du petit salé, je veux avoir
Qu'il y a sept ans qu'est au saloir!
Quand le boucher entendit ça,
Bien vivement il se sauva.
-Petits enfants qui dormez là,
Je suis le grand St Nicolas!
Le grand Saint étendit trois doigts,
Les trois enfants réssucita!
Le premier dit "j'ai bien dormi"
Le second dit "et moi aussi"
Le troisiéme a ajouté "je croyais être au paradis"
F I N
00:07 Publié dans contes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : plaisir d'écrire

